Hekla & Sasha ( acte 2 ) - Shake the Disease + General Bye Bye

Parfois il faut savoir être persévérant, se maîtriser, rester zen, bordel. Deux fois que Tumblr me claque dans les pattes au milieu de cette chronique. Deux retours à la case départ sans toucher 20000€. Je reprends donc, en effectuant par précaution des sauvegardes manuelles, à l’ancienne.
Je ne vais pas refaire un topo sur les concerts en appart’ tout le matos nécessaire est quelque part sur ce blog, pas si loin, et je ne vais pas te mettre de lien non plus, parce que j’ai la flemme et que je ne vais toujours te mâcher le boulot, lecteur(euse).
Bref, me revoilà dans l’appart d’Hekla & Sasha, redesigné pour l’occasion ( c’est -à-dire que les trois quart des meubles ont atterri dans la salle de bain ). Même endroit donc, même concept. Histoire d’amener une petite touche de nouveauté, j’ai changé ma modeste contribution de Speyside en Islay. Sur la grosse vingtaine de personnes qui ont décidé de braver la neige et la froidure du Big East un dimanche soir, je suis ravi de constater qu’outre les tronches adorées de l’amicale des joyeux goûteurs de tourbe ou de la confrérie du cake aux épices, on croise quand même quelques nouvelles trombines, preuves de l’engouement pour ce genre de formule.
C’est donc Shake the disease qui ouvre. Un type, une guitare, point barre. Merde, une fois de plus je le connais … on avait dit pas les potes. En même temps c’est pas comme si j’avais été prévenu. Je n’ai aucune idée du nombre de prestations live au compteur de Shake the disease, mais toujours est-il que le gugusse ne semble pas hyper à l’aise. Ca sent le gros flip, le bon vieux trac façon mal de bide, ça a aussi son charme. Longue intro les yeux fermés pour ce “Stripped” de Depeche Mode à la sauce folk lo-fi. La voix se pose, quelque part entre un Eddie Vedder un peu frêle et un Stuart Staples sans le pince nez, super classe et vraiment bien placée dans le medium grave, mais plus à l’arrache (surtout côté justesse) quand elle se prend à vouloir grimper un peu. Le set sera à l’image de ce premier titre, composé de reprises triées ( Depeche Mode, Neil Young… ) sur le volet, et d’un goût aussi bon que raffiné puisque particulièrement proche du mien. Shake the disease réussit à mettre une patte bien personnelle dans chacune de ces covers pourtant archi-connues et ça, c’est quand même suffisamment fort pour être noté. Les trois premiers titres me scotchent, puis la magie s’estompe un peu, sous l’effet d’un set finalement assez monotone ( au sens premier du terme ) ou plutôt monochrome : gris down-tempo déprimo-corbaco-pluvieux. Un ou deux titres un peu plus rentre-dedans ou un peu plus lumineux n’auraient que renforcé la noirceur inspirée du reste du set. La demi-heure passe vite, une célébrité chevelue messine tente un attentat suicide au sommier ( les risques mobiliers des concerts en appart’… ), le silence et l’attention sont toujours aussi appréciables. Un joli (premier ?) moment prometteur signé Shake the disease, mais bon, va falloir penser à jouer des compos un jour non ?
Comme j’ai décidé de me sevrer de sucette à cancer, je m’épargne cette fois le supplice des huit étages, et me venge sur le buffet, en tapant le bout de gras avec le sempiternel Monsieur P. qui, malgré ses efforts à peine masqués ne parviendra pas à se réserver une nouvelle chronique promotionnelle et revencharde sur ce blog. Les toxicos remontent, et General Bye Bye attaque.
GBB, pour les intimes, je les avais vu chez feu l’Emile Vache il y a peu près une gestation. J’avais trouvé ça cool, mais un truc clochait sans que je puisse identifier quoi. Le genre de concert où tu es finalement content de passer mais qui ne fait pas nécessairement date, en tous cas pas au point de remettre le couvert en appart. Mais voilà, la nouvelle est tombée. Je ne suis pourtant pas caritatif, les gens qui me connaissent te le diront, je n’ai pas de coeur, je ne suis pas humain. Le genre de type suffisamment cynique pour accuser un bénévole du téléthon d’escroquerie, sous prétexte qu’il a filé cinq euros l’année d’avant et n’a jamais reçu son myopathe. Même un nouveau né haïtien amputé des deux jambes et atteint du choléra à la une chez Pernaut aurait du mal à me tirer une larme. Par contre, que le squat d’artistes où répète GBB parte en fumée, et la mère Térésa qui sommeille, très profondément certes, en moi, fait des bonds au point de réclamer sa place en surplus au concert de ce dimanche soir, pour aller se délester d’un biffeton ou deux en soutien.
General Bye Bye, je l’écris en entier cette fois parce que c’est plus classe en début de paragraphe, c’est typiquement le groupe que j’aimerai adorer. Par conviction d’abord. Chantres du DIY, de la démerde intelligente et de l’indépendance artistique, la démarche vraiment indie de GBB force le respect, quand elle ne suscite pas carrément l’admiration. Ensuite parce que les types affichent un certain nombre d’ influences bien digérées de Blonde Redhead au Floyd, et que l’écriture à tiroirs de leur morceaux est foutrement impressionnante. GBB, c’est typiquement le genre de groupe que j’aimerai détester. Leur penchant rock progressif et leur goût des synthés qui schlinguent me rebute tout comme l’accent franchouillard du chanteur, qui n’a pas en prime l’organe du siècle. Enfin, il y a ce côté geek incurable, des mecs capables d’écrire un titre sur un obscur jeux vidéo, de sortir un archaïque instrument finlandais, un facette intello-nerd qui me fait osciller entre l’affection totale et le rejet en bloc. Bref GBB me laisse le cul entre deux chaises. Electrifiés, la puissance de feu, le relief des dynamiques, le jeu et le son fabuleux de leur batteur suffirent à gagner ma cause. En appart’, le relief passe des Alpes au Massif Central et le batteur occupe les trois-quart de son temps dans le public ou à jouer de la guitare. En fait, loin de revisiter complètement ses titres, GBB en appart’, c’est juste GBB moins fort et sans batterie. Ca ne fonctionne pas, à mon pas si humble avis. Les passages intenses tombent à plat, les trucs groovy portent des béquilles, les plans instrumentaux, faute de l’énergie qui leur mettrait la gaule, sont autant de traversées d’un désert plus où moins aride. Je ne passe pas un mauvais moment en soi, mais voilà, la sauce ne prend pas. Sur une vraie scène avec un gros son, GBB ressemble à bon groupe de rock intello et malin, en appart GBB ressemble à un trio de premiers de classe qui aimeraient bien avoir un groupe de rock. Cela n’enlève rien à la qualité des morceaux, au niveau technique des zicos, au panache de la démarche, mais je me dis juste que la formule aurait mérité d’être complètement repensée, sous peine, comme ce fut le cas ce dimanche soir, de passer au travers.

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