Chroniques musicales vaguement intéressantes et encore c'est pas sûr.

On avait dit pas les potes (acte 1) - Twin Pricks “Songs about flirting”

Je déteste dire ça, mais voilà, j’avais raison. Ou plutôt j’avais vu juste. Je peux le dire toute honte et toute fierté ravalées en sachant pertinemment que les deux intéressés se contrefoutent de mon avis et n’y avaient vraisemblablement pas trop prêté attention. Un peu comme toi, lecteur(euse). Mais les plus petites victoires méritant les plus grosses bringues, je m’autocongratulerai plus tard.

Cette bien jolie galette qui verra le jour officiellement Chez Kito Kat Records pas plus tard que demain ( le 17 mars )  j’ai eu la chance de pouvoir me la caler entre les esgourdes un peu plus tôt ici dans un premier temps,  puis en bon vieux CD.

Quand on s’attaque à un deuxième effort discographique, comme disent les professionnels, il est de bon ton quand on veut faire sérieux de choisir la solution de facilité de la comparaison, déjà parce que c’est facile et puis aussi parce que ça permettrait soi-disant de mesurer l’évolution, la marge de progression d’un artiste ou d’un groupe. Comme si la musique n’était qu’un mouvement en avant, un retour sur investissement, une juste pesée entre le passé et le présent, le pour et le contre. Je vais déjà commencer par m’atteler au contenu de la galette, ça sera déjà pas mal. A plus tard donc la comparaison ( c’est dingue cette capacité que j’ai, aujourd’hui à pondre trois paragraphe pour parler de trucs dont je causerai en fait plus tard … à croire que je cultive ma technique d’écriture pour ne rien dire … ).

Le premier truc à dire justement sur “Songs about flirting”, c’est que c’est un maxi 5 titres de 16 minutes et des bananes, enrichit d’un bonus vidéo que je vais laisser de côté parce qu’on est pas chez les Cahiers du Cinéma. 16 minutes … de quoi faire passer Weezer pour des post-rockeux adeptes du format à rallonge. Mais c’est peut-être là le premier atout de cet EP, suffisamment long pour t’en mettre plein la tronche et t’en donner pour tes 5€,  suffisamment court pour que tu en redemandes aussi sec, commence à numéroter tes dents.

“Hearthopper” en guise d’ouverture surprenante, blindée de synthés analogiques ( ah nom d’un vieux barbu ce MS-20 qui fait office de vibro-masseur intestinal ) qui ne laisse rien voir venir d’un final flash qui te pète à la tronche. Ca chante, ca gueule au fond, c’est cradingue, et ça dégage une énergie folle,à défaut de faire preuve d’un songwriting de génie.

S’ensuit un  “Teen Pricks” ( écho nominatif seulement du “Twin Freaks” du premier EP, à raison d’un jeu de mot par rondelle va falloir se creuser les méninges les gars ) qui fait mortellement mouche. Le texte est fabuleux ( et permettra aux incultes curieux comme ma pomme de se documenter sur Jesco White ), le morceau catchy à mort, la voix de Flo est hyper bien placée, le refrain te marque la caboche au fer rouge dès la première écoute, les arrangements claquent ( oh la vache les choeurs du refrain … ), bref c’est un tube pur et dure en puissance, deux minutes trente que j’avoue m’être passées en boucle jusqu’à l’écoeurement.

Pas le même topo pour “How to fall in love”. L’esthétique ultra-cradingue sur boîte à rythme cheap ne suffit pas à me faire rentrer dedans, par manque de relief peut-être, ce qui expliquerai largement pourquoi je préfère de loin la version live entendue il y a maintenant quinze jours. Pas un mauvais morceau loin de là mais bon, j’ai du mal avec la version encodée dans le polycarbonate.

“Jigsaw” lui, aura fait un bon petit bonhomme de chemin pour devenir finalement mon morceau favori du disque. Pas accrocheur de prime abord, mais le pattern de batterie/maracas au groove un peu branleur finit par faire son job, tout comme le riff de gratte imparable et le solo noisy clairement signé Geo ( qui me rappelle au passage que triturer des potards c’est tout un art ). “Jigsaw” démontre, si tant est qu’il y en avait encore besoin, à quel point les deux gugusses sont complémentaires, à quel point chacun est capable de s’approprier le même matériau de départ pour en faire un truc vraiment personnel. Deux fois le même texte, et pourtant tu ne te feras pas chier une seule seconde, et t’auras même l’impression que ça ne se répète pas. La classe.

Mine de rien, on est déjà à la fin de la galette, t’as pas vu le temps passer, moi non plus. Epineux problème que “Souvenirs”. Autant le dire de suite, je ne suis pas fan des débordements émo-tifs ou émo-tionnels, très peu pour moi les tire-larmes d’écorchés vifs, les envolées tripaille à l’air pour dépressifs bon teint. Pourtant là, je jure que j’aimerais bien être, ne serait-ce que deux secondes, au fond du trou le palpitant en miettes pour pouvoir pigner ma mère sur cette fausse balade qui saigne. Le texte est splendide, et le titre grimpe jusqu’à un final chauffé à blanc qui mériterait bien qu’on s’y ouvre les poignets sans aucun remord. C’est certes mélancolique, nostalgique à bloc, mais jamais putassier, ça ne sombre pas dans le pathos gratuit, la faute à des arrangements ultra-malins ( même le violoncelle apporte sa pierre tout en retenue alors qu’il pourrait venir te chialer dans l’oreille ) à l’image du gimmick de battroche sur le cercle.

Je déteste, comme je le disais plus haut, dire ça, mais voilà, j’avais raison. “Songs about flirting” est une rondelle qui démontre que Twin Pricks est un putain de bon groupe qui pond des putains de chansons ( deux putains dans la même phrase, ça, ça s’appelle de la vulgarisation … ). Et puisqu’il faut comparer, comparons. Plus pop, plus direct, plus compact, exit les ad-libs à rallonge de “Young at heart”, Twin Pricks claque plus fort, plus juste. Finis aussi les accrocs de voix, les accidents d’accordeur, ça prend confiance, ça assume, ça repousse les limites. Côté prod aussi ça bouge, et même si la cohérence sonore générale prend un petit coup dans les gencives ( trois premières tracks très lo-fi et deux autres bien rock dans le son ) la spontanéité du mix ( on dira ça comme ça, en oubliant que je suis au courant qu’il n’y en a tout simplement et sciemment pas eu ), son côté brut de décoffrage, débraillé, ajoute à la sincérité, au côté immédiat de l’EP.

Comme toujours il faut bien qu’il y ait un bémol dans l’affaire. Mais cette fois c’est un bémol bardé d’espoir, et d’impatience, celle de voir tout ça développé sur un LP d’une grosse demi-heure qui finira d’asseoir le duo comme une des plus mortellement géniale et modeste bête à deux têtes que j’ai écoutée depuis un paquet de temps.

Posted on March 16th, 2011
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