Chroniques musicales vaguement intéressantes et encore c'est pas sûr.

Hekla and Sasha ( acte 4 ) - Chelsea Wolfe

Pas un traître mot sur ce foutu blog pour le passage d’Haruko dans l’appartement désormais familier d’Hekla and Sasha. Et pour cause, ayant abusé la veille du produit fermenté fabriqué  par des moines de je ne sais quel abbaye du nord de l’Europe, je ne crois sincèrement pas que j’avais suffisamment les yeux en face des trous pour me faire un avis un tant soit peu intéressant sur la prestation de l’allemande au patronyme qui sent désormais bon la radiation et l’eau de mer. Je me souviens juste que c’était agréable, charmant comme tout et que ce fut le répertoire idéal pour ne pas déranger ces connards d’ensoutanés encore occupés à me démonter le front à la barre à mine. Ce mardi par contre, j’étais frais et dispo, l’oeil vif et en pleine possession de mes tympans pour le passage de Chelsea Wolfe.

Comme d’hab, on bavasse gentiment, on sèche un ou deux verres en attendant le début du live. Enfin pas vraiment comme d’hab puisque le concert se double d’une expo photo, mais si l’idée est parfaite, le manque de place et la promiscuité ne permettent pas vraiment d’en profiter. Bien fait pour ta gueule, t’avais qu’à arriver plus tôt me diras-tu lecteur(euse), et pour une fois t’auras bien raison.

Quelque part donc entre la première Kro ou le premier verre de pif, alors que l’ambianceur du soir effectue un fade out expert pour couper le sifflet à un énième morceau de r’n’b, on voit débarquer une longue silhouette noire et voilée ( plus au sens veuve éplorée que bourka du terme ) qui se pose dans la partie de l’appart qu’il convient du coup d’appeler la scène. Faut reconnaître que l’arrivée en jette et qu’on ne sait pas trop ce qui va nous tomber sur la tronche au moment où cette espèce de goule sans visage déclenche une boucle de son talon compensé. La voix est diaphane, noyée dans un delay sans fin, une reverb cathédrale et pratique une espèce de gotho-folk dark de chez dark, à mi-chemin entre un Bonnie Prince Billy castré qui aurait vendu son âme au diable, un rescapé des Cramps en désintox dans le Vermont, ou une PJ Harvey exsangue sous béta-bloquants.

Les morceaux ne sont pas fulgurants, c’est le moins qu’on puisse dire, ceux chantés sur des boucles préenregistrées me dérangent un peu par leur côté karaoké playback, et ceux réellement interprétés live ne font pas preuve d’une écriture à tomber par terre, parce que quand même la telecaster crunchy en open-tuning c’est bien, mais bon, y’a d’autres accords que le sol mineur dans ce bas monde. Si encore on pouvait comprendre les paroles ça irait, mais autant tenter de piger un sermon sonorisé par un sourd  du fond de la nef de la cathédrale St Etienne dans notre bonne vieille ville de Metz ( enfin c’est l’idée que je m’en fais parce que moi et la messe, c’est une longue histoire, pas prête de se terminer, de rendez-vous foirés ). Bref, sur le contenu, c’est pas franchement convaincant, pas franchement désagréable non plus. Juste bof quoi.

Par contre faut reconnaître que sur la forme ça a de la gueule. La tenue, si naturelle qu’on se demande si elle est vraiment de scène, en jette et rajoute aux ténèbres sans fond ( et sans relief ) des morceaux, les effets sur la voix et la pelle donnent une atmosphère générale bien sentie, cohérente, glauque certes, mais qui au final foutent les frissons par moment. La sauce prend vraiment par deux fois. La première sur une reprise du patrimonial “You are my sunshine” transfiguré en mélopée funèbre et macabre qui donnerait l’envie au plus aviné des rednecks de se pendre sur le champ, et dont les choeurs fantomatiques empilés à la loopeuse ( que la demoiselle maîtrise parfaitement ) puis passés en reverse forment un ad-lib qui glace le sang et une belle transition vers un spoken word dont on ne comprendra malheureusement qu’un mot sur cinq. La deuxième fois, la demoiselle enclenche une nouvelle boucle pré-enregistrée, actionne un boîte à musique à peine audible, se lève et se lance dans un espèce de r’n’b zombifié, ondulant lentement et agitant ce qui de loin ressemble presque à un chapelet métallique. Musicalement c’est pas le Pérou, mais ça ferait presque son petit effet sur mes hormones comme sur mon fond de trouillardise. Le set se termine peu après, Chelsea Wolfe se fend d’un rappel qui ressemble encore malheureusement beaucoup trop à un titre qu’on à l’impression d’avoir entendu pendant trois-quart d’heure.

Au moment de partir, je suis sceptique. Est-ce que ça aurait été mieux à très fort volume, si la guitare m’avait ramoné les tympans et la voix fissuré les verres de lunettes ? Peut-être. Est-ce que le parti pris du tout amplifié en appart’ casse un peu la magie intimiste de la formule ? Vraisemblablement. Est-ce que les mêmes morceaux joués par une nana lambda en jean / baskets et sans effets m’auraient fait chier comme un rat mort ? C’est sûr. Est-ce que ça vaut la peine d’acheter le vinyle pour voir ce que ça donne sur disque ? Je suis rentrer avec un sac vide. Est-ce que ça a de la gueule mais pas de fond ? Assurément. Est-ce que j’ai passé un bon moment ? Bah plutôt oui …

Posted on March 16th, 2011