On avait dit pas les potes (acte 3) - Yesterday is Tomorrow

Depuis le temps que je m’étais promis de la faire cette chronique. Pas de ma faute si cet enflure de Tumblr a tout simplement paumé par trois fois le brouillon que je peaufinais. Bah ouais quoi, lecteur(euse) tu croyais que cette plume acerbe et qualitativement remarquable coulait toute seule ?
Je m’étais donc promis de causer de Yesterday is Tomorrow tout d’abord parce que ça en vaut la peine, et aussi parce que je n’aurais jamais parlé de leur précédent groupe Her Majesty. Regorgeant pourtant de morceaux allant du bon au quasiment dévastateur, la disco d’Her Majesty souffrait malheureusement de quelques grosses approximations ( notamment du côté des fûts, là-bas derrière ) et autres maladresses autodidactes que je n’ai, en bon produit borné de conservatoire que je sais être, jamais pu digérer. Sorry guys.
Bref Her Majesty bouffe désormais les pissenlits dans le mauvais sens, Mickey se dore la pilule dans le sud-ouest et Cimrya soigne son spleen incurable sous l’incessant crachin normand. Ne les connaissant que de loin, ou par web interposé, j’avoue quand même que la séparation de ses deux là m’a un minimum fait chier. Il s’en est fallu de tellement peu pour que je leur décerne le titre de meilleurs songwriters made in rillettes 72.
C’est donc dans la joie et la bonne humeur que j’appris, il y a maintenant trop longtemps, que les deux inséparables avaient repris le turbin à distance. Il n’en fallait pas plus pour que je rouvre le dossier à la page Yesterday is Tomorrow, album : “Gibraltar”.
Comme on est pas chez les Inrocks, je t’épargnerai le laïus sur ce titre d’album emblématique, passerelle et point de rencontre entre deux mondes, lieu de synérgie et de métissage, pause pour cause de page de pub The Kooples etc…. on va tailler dans la barbaque direct.
Ce qui saute aux esgourdes d’emblée, c’est que le duo n’a rien perdu de son talent d’écriture. C’est même la surmultipliée qui passe avec “Gibraltar”. Débarrassés du carcan du power trio qui leur collait un peu trop aux basques, peut-être aussi de la nécessité de penser les morceaux pour le live, l’instrumentarium grossit à vue d’oeil et les arrangements frôle le perfect, avec un sens du détail et du plan sonore qui frappe fort et juste. Heureusement parce que de prime abord comme ça, le virage electro-pop effectué au frein à main et sans crier gare, m’avait au départ un peu rebuté…. c’est vraiment pas ma came sur le papier, mais là du coup ça passe. Et haut la main.
Pour une fois, on va se la jouer High Fidelity. Ca les fera marrer, le clin d’oeil.
Top 5 des titres où il n’y a rien à dire :
5 - “Runnin’ Round” ouvre l’album à la Beck. Alors oui, la boucle de battroche tu l’as entendue mille fois, le sample féminin fait Dee-lite sur les bords, mais c’est une tuerie de pop dansante et un brin naïve, la voix de Mickey, qui ne cessera jamais de me rappeler un Malkmus enrhumé insuffle juste ce qu’il faut de branlitude détachée, le refrain te percute la boîte cranienne de plein fouet, et le tout renvoie le Brimful of asha de Cornershop remixé par Fatboy Slim bouffer son byriani de poulet sans moufter. Même le pont bien placé la première fois, et un peu redondant par la suite passe comme une lettre à la poste.
4 - “Lolita Says”, une balade comme tonton Macca seul sait en faire ( vas-y tu l’as braqué où ton picking hein ? ) rehaussée d’un banjo redneck tout bonnement génial qui fait preuve une nouvelle fois d’un sens mélodique fatal. Trois minutes salement bien gaulées.
3 - Alors que la majeure partie du disque est relativement claire, pour ne pas dire enjouée, “Stains” te cloue au plancher avec un down tempo qui fleure bon la cold wave et le corbaque tout de noir vêtu. Le parti pris des cordes synthétiques est magique, tout comme les backing vocals du deuxième couplet. Une espèce de marche funèbre neurasthénique qui vrille le palpitant.
2 - “(You could be ) My perfect match” revisite encore un sample archi-connu, j’espère d’ailleurs au passage que Klaus Wunderlich, s’il est encore de ce bas monde, se dore la pilule à Ibiza en bouffant de la curry würst, tant ces trois accords de claviers illuminent la ringardise totale de sa production. Bref ce titre est sans conteste le plus tubesque de Gibraltar. Evident sans être con, ça pue le soleil et la bringue, le cruising en bord de mer. Bref dans un monde parfait, les dj moisis qui empestent les boîtes de l’hexagone et du reste de la planète achèteraient de la corde en gros et nous, les gens de goût, on irait déchirer le dance floor sur My perfect match jusqu’à l’aube.
1 - “The lonely kind”. La tarte, la vraie.Je ne sais rien de l’écriture de ce titre. Je ne crois pas aux théories mystico-fumeuses, mais je jure que Johnathan Richman et Brian Wilson ont jeté un oeil bienveillant sur ce qu’il faut bien appeler un chef d’oeuvre. Folk lo-fi et tremolo de rappe électrique hallucinée, mélodie à chialer, choeurs signés mais hyper efficaces… pour une fois y’a rien à dire, juste à appuyer sur repeat et pleurer.
Pour le reste “Gibraltar” oscille entre le sympa (“The day after”, “Nowhere to go” … ) le pas mal ( “Lights in the park”, “Noise in the attic”) et le borderline (“Connexion”) mais reste toutefois un gros cran au-dessus de la masse des groupes electro-pop qui se la raconte. Bien au-dessus. Alors oui, les imperfections de jeu refont parfois surface, on pourrait débattre pendant des plombes de l’armada d’effets pas toujours pertinents de la prod, du côté un peu rigide des instru logiciels, et rêver de ce qu’aurait pu donner l’album s’il avait été enregistré en live à l’ancienne. En attendant, on va juste souhaiter qu’un exemplaire physique voit le jour, en vinyle ça serait même de la balle, pour qu’on puisse se foutre The lonely kind en boucle et écouter tout ça ailleurs que LA.

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